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Notes lors d’un voyage dingue (2)

15 Sep

En avant ! je vous ai déjà écrit que notre future destination était l’Algérie. Le groupe, surexcité, ne se tenait même pas en place ! je ne vous raconte pas l’ambiance…Pour la plupart d’entre nous, on n’avait jamais vu l’Algérie ou voyagé vers un autre pays.

Dans une halte, l’un des conducteurs s’était absenté puis revenu effaré, nous racontant un accident horrible qu’il avait vu. Un couple de jeunes mariés avait péri dans un accident où leur voiture s’était écrasée contre un énorme arbre. Elle avait failli emporter dans son zigzag morbide un motard qui avait évité la mort de justesse. Beaucoup de villageois avaient accouru vers les lieux, ahuris.

Le conducteur répétait sous le choc ce qu’il avait vu, nous-mêmes étions dans un de ces états ! Mais on était décidé de continuer la route, avec notre hôte Karim. Ce dernier avait fréquemment voyagé en Algérie et avait proposé de nous emmener là-bas, chose qu’on avait acceptée comme je l’avais écrit dans de précédentes notes. Karim était un vieil ami que j’ai connu il y’a plusieurs années, un mec souriant extrêmement doué pour séduire les filles (lol !)

Moez –un autre pote voyageant avec nous, avait cet air malicieux, narguant et rigolo. Il adorait rigoler, faire des blagues et surtout il adorait narguer la belle Olfa, la fille la plus hostile, la plus narcissique et la plus insouciante de toutes les filles dans le groupe. Olfa se mettait en colère à chaque fois que Moez titillait son égo. On s’éclatait de rire car le spectacle était terriblement comique et hilarant entre ces deux-là.

On avait deux Mohamed dans le groupe, le conducteur de la voiture dans laquelle j’étais monté s’appelait quant à lui Mohamed-Ali, Moez les narguait souvent d’avoir le même prénom.

Khadija était la plus sensible des filles, elle passa longtemps au téléphone en parlant sans cesse à ses parents en pleurant. Mohamed-Ali l’interpella maintes fois pour qu’elle monte dans la voiture. Saoussen, une amie qui avait glissé et était tombée dans les montagnes tunisiennes (voir mes autres notes), se précipita vers elle accompagnée de son frère, gros et trapu, et réussirent à la faire monter dans la voiture d’une grande délicatesse, après l’avoir persuadée qu’il fallait aller à destination, ou bien c’est tout le groupe qui abandonne le projet et reste en Tunisie, finissant le périple dans un petit village.

Après ce petit incident, le groupe se scinda en deux parties : chaque partie dans une voiture et en route vers l’Algérie ! Arrivés rapidement à la douane tunisienne, nous attendîmes cependant environ deux heures entières ! Beaucoup, beaucoup d’Algériens affluaient vers la Tunisie, des familles pour la plupart, venant passer leurs vacances. Il fallait attendre notre tour pour pouvoir passer de l’autre côté…Beaucoup de policiers étaient là.

Mon regard se figea sur le drapeau rouge et blanc qui flottait dans les airs, comme s’il agitait la main en signe d’au revoir. Je ne regardais pas la route ou les gens, je regardais tout le temps le drapeau tunisien qui s’éloignait petit à petit. J’ai baissé les yeux vers Khadija, et je vis ses larmes s’écouler en silence sur ses joues. Moez avait cessé de parler et lorgna les nouveaux paysages du regard, il scrutait mais en silence. Seuls Karim l’hôte et Mohamed-Ali le conducteur bavardaient sans cesse.

Arrivés à la douane algérienne, le drapeau algérien nous accueillait. Il flottait dans les airs en signe de bienvenue. Karim, étonné de notre silence, se tourna vers nous en demandant quelle mouche nous a piqué. Moez, moqueur, lui répondit qu’on avait déjà le mal du pays. Tout le monde sourit et Karim nous souhaita la bienvenue en terre inconnue, l’Algérie voisine.

A peine avons-nous dépassé la douane algérienne, qu’un petit village algérien frontalier nous accueillit. Les algériens scrutaient avec curiosité les deux vieilles voitures qui passaient. On avait l’impression qu’on n’avait pas quitté la Tunisie, mêmes paysages, montagnes, rochers au loin, on avait même commencé à parler de faire une mini-excursion en pleine forêt algérienne. Mohamed-Ali nous traita de fous, qu’on pouvait aisément se perdre ou mettre nos vies en danger. Mais la tentation était telle qu’on avait fait pression sur le conducteur et sur Karim pour que notre voiture s’arrête sur le bas-côté de la route. Le plus excité et ayant eu cette idée, était Moez qui défendit farouchement son opinion : « pas de plage, on veut des problèmes, on a vu beaucoup de choses en Tunisie et on s’est même perdu » on acquiesça tout le temps…c’est vrai qu’à peine entrés en Algérie,  on voulait déjà retourner en pleine forêt. Karim soupira et nous traita d’incorrigibles.

La deuxième voiture qui nous suivait s’arrêta derrière nous et tous les voyageurs descendirent, étonnés. Olfa poussa nonchalamment tous ceux qui étaient sur sa route et s’écria : « Moez ! où es-tu ? Je sais que c’est TON idée ! Qu’est-ce que tu veux faire ?? » On a dû tout leur expliquer sauf que les filles voulaient aller à la plage, tandis que Karim voulait nous emmener vers Annaba, une ville à 100 kilomètres de la Tunisie, bref les avis divergeaient. Moez traita les filles de rabat-joie et il fallait trouver une solution intermédiaire. On a pu enfin se mettre d’accord sur le fait de commencer par une petite virée dans la forêt algérienne, ensuite baignade pour tous et clore notre voyage avec Annaba qui sera le point du départ vers la Tunisie. Karim proposa de nous emmener dans une famille algérienne qu’il connaissait, chose qui a plu à tous.

 On n’avait que 24 heures pour ce fameux voyage algérien, puis retour à la maison ! Des villages algériens nous rencontrèrent pendant qu’on fonçait droit vers la forêt la plus proche. Les villageois étaient fort sympathiques et remarquèrent notre dialecte. « Vous êtes tunisiens ? » telle était la question posée par plusieurs algériens, deux familles géniales voulaient nous héberger, malheureusement on n’avait pas le temps. L’accueil était génial. Pendant les pauses, les arrêts dans les kiosques, on parlait tous en même temps avec les locaux.

Mohamed-Ali arrêta la voiture enfin et nous montra du doigt par où aller, escalader..Il fallait suivre un sentier, toujours en utilisant la file indienne. La faune et la flore étaient extrêmement variés, il y’avait des animaux  que je n’ai jamais vu en Tunisie, j’ai même vu au loin un singe entrain de grimper un arbre centenaire ! Un singe en liberté, ça n’existe pas en Tunisie. On a des singes uniquement en captivité- c’est-à-dire le zoo. La flore était riche, les arbres, la chaleur écrasante, des petits lacs miroitaient un ciel en feu. Les monts étaient de plus en plus hauts, on était sous le charme.

On commença par une longue marche puis une escalade d’un grand rocher, cette fois tout le monde était là-haut, tout le monde avait escaladé à sa manière le rocher. La plus agile était Olfa, qui escalada le rocher rapidement comme une araignée, Spider-woman ! XD tout le monde la suit, les uns poussant des cris de terreur, les autres poussant des cris à la Tarzan ! une fois en haut, on sautait de joie avec le superbe paysage qui s’offrait à nos yeux !

Nous descendîmes le rocher et arrivâmes fatigués mais toujours excités vers les deux voitures où les deux conducteurs y étaient restés à bavarder. Ils avaient même mangé des sandwichs ! On leur raconta notre petite escapade, puis on reprit la route. On avait faim, on avait chaud, on n’avait presque plus d’eau à cause de la chaleur écrasante de l’automne.

Une fois arrivés aux alentours d’Annaba, on acheta des sandwichs, des bouteilles d’eau, on était sales et on s’épongeait les fronts…Nos vêtements étaient gorgés de sueur. On se rua vers la mer, et on découvrit du monde, beaucoup de monde. On se baigna, dieu que ça fait du bien ! Olfa déclara : « je brûlerai mes vêtements, ça empeste ! ». Moez, qui entendit sa phrase, répondit d’un ton coquin: « je me disais bien que tu sentais le cheval ! » Olfa rougit et rugit, et pendant que le reste du groupe était entrain de manger des sandwichs sur les sables d’Annaba, on s’amusait à regarder ce duo de dingues!

Vers la fin de la journée, la dernière qui clôturait un voyage de fous, on se regroupa en regardant les rayons du soleil se refléter sur les vagues déchaînées, Karim nous interpella pour se rendre chez une famille algérienne et boucler la boucle. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas sillonné une ville !

C’est sous le crépuscule qu’on fit la connaissance d’une famille algérienne extraordinaire. Le père était menuisier et bricoleur, la mère était une amazigh qui nous avait concocté de délicieux plats. Quant au fils, il était le meilleur ami de Karim, et nous traduisait ce que disait sa mère. Il vouait une passion illimitée au monde musical, il chantait et dansait tout le temps. Sa  sœur était un peu timide, mais voulait nous connaitre et en savoir plus concernant notre périple.

Lorsque le fils dit qu’il s’appelait Mohamed, un fou rire avait pris Moez qui ne s’empêcha pas de rigoler. Avec un 4ème Mohamed, on était bien servi ! Dès que Mohamed su pour les Mohamed présents dans notre groupe, il s’éclata de rire. Sa sœur s’appelait Yasmine et nous traduisait également ce que sa mère disait. On dîna, on discuta de tout et de rien, l’ambiance était excellente. On nous demanda ce qu’on ferait pour cette dernière nuit façon aventure, on leur répondit qu’on aimerait allumer du feu et chanter avant le retour en Tunisie le lendemain à la petite heure.

On nous montra un terrain vague derrière la maison, on y entassa du bois et on y alluma du feu pour dormir à la belle étoile comme on l’avait toujours fait, malgré l’insistance de nos charmants hôtes pour dormir à l’intérieur.

Nous avons passé la dernière soirée en musique et chanson, avec la participation de certains algériens ainsi que nos hôtes, chacun chantait, dansait autour du feu comme l’avait fait Moez à la manière des peaux-rouges, on battait des mains, contents et ravis d’une fin pareille. Durant la nuit, on entendait la darbouka, les applaudissements, des cris ravis, on entendait des chansons locales dont on n’avait jamais entendu parler, on chantait « C’est la vie » ou « Didi » de Cheb Khaled, on chantait « Mon cœur est au pays des merveilles » en trois langues : français, arabe et amazigh. On chantait « Abd el Kader » et j’en passe…On joua même au foot, tunisiens contre algériens, et on décida de jouer sans arbitre ! On s’en fout qui a gagné ou qui a perdu, c’était un match amical entre deux pays frères. XD  Super la sensation quand on joue au foot en écoutant la darbouka ! lol

A l’aube du jour du retour, on se réveilla. J’avais mon ordinateur portable sous la tête en guise d’oreiller, et je n’avais pas de mot pour décrire la nuit passée. On se réveilla en silence, nos hôtes étaient déjà debout. Mohamed et Yasmine allèrent réveiller tout le monde et on se pointa, fatigués mais heureux, souriants mais tristes. C’était l’annonce de la fin d’un sacré voyage de 15 jours dont on n’était pas prêt de l’oublier. Khadija ne put cacher ses larmes en marmonnant : « déjà la fin !! ». On avait pris le petit-déjeuner et on monta dans nos voitures, malgré le fait que c’était dur pour nous d’entendre les enfants crier : « mais restez donc ! au moins déjeunez ! ». C’était ultra-dur de se détacher d’eux, une très sympathique famille, beaucoup de souvenirs ! La mère courut derrière les voitures et agita son bras en signe d’au revoir, ce qui m’avait rappelé le drapeau tunisien.

Plus de marche, ni d’escapade. Cette fois, les voitures roulaient non-stop. Plongés dans le silence, chacun de nous retrouva ses vieilles habitudes mondaines. Mohamed-Ali fonça droit devant, Karim discutait avec lui tout en baissant la vitre pour respirer la fraicheur matinale. J’ouvris mon ordi pour y taper quelques notes, pendant que Khadija mettait les écouteurs de son mp3 dans les oreilles. Quant à Moez, il blaguait parfois mais il avait la tête ailleurs, comme nous tous.

On passa par les douanes et le drapeau tunisien nous accueillit. Khadija rompit enfin son silence en sentant qu’on était enfin chez soi : « Ils étaient supers, mais je crois que c’était l’heure de rentrer ! ». Pour moi, on était resté entre forêt et villages tunisiens durant 13 jours et on avait fini le tout en beauté en Algérie. On avait tout fait ensemble, mangé, voyagé, souffert, dansé, chanté, et parfois on était tombé. On avait campé ensemble. On avait découvert ensemble un pays ! Il y’a tellement de choses qu’on ne peut pas oublier. Moez souligna le fait que c’était une véritable aventure humaine. Notre voiture déposa Karim dans son village, et ce fut un long au revoir et beaucoup de remerciement pour tout ce qu’il avait fait. Plus tard, on quitta la région du nord-ouest et nos voitures se dirigèrent vers l’est. Cette fois, tout le monde parlait et s’amusait car on allait être dispersé.

Et ce fut le cas, on n’oubliera jamais un pareil voyage ça c’est sûr !

Bon je récupère là, je suis crevé !

soleil444

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Publié par le septembre 15, 2013 dans Ma catégorie

 

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